Rue de Freetown avec ses collines en arrière plan

Lundi 7 février 2011 (2e partie) – Non, décidément, Freetown n’a pas changé. Le trajet d’Aberdeen au centre ville en voiture, me rappelle des images bien familières: les embouteillages, les coups de klaxons, le défilé de couleurs et de personnages sur le bord des routes. Des femmes portent d’immenses chargements sur leur tête tout en réussissant à se faufiler entre les voitures. L’une d’entre elle porte une bassine contenant une douzaine de grandes bouteilles en plastique remplies d’huile. Une autre tient en équilibre un large plateau surmonté d’une pyramide de bananes. Elles réussissent l’exploit de balancer ces chargements à même leur tête – et sans les mains! Cela tient de l’équilibrisme.

Des enfants en uniformes scolaires se croisent sur les trottoirs, dansent ou se tiennent par la main. Les écoles font généralement un tour du matin et un de l’après-midi, ce qui permet « d’exploiter » les infrastructures au maximum. A certaines heures, les rues sont peuplées de petits uniformes bleus, marrons ou bordeaux. Chaque établissement a son propre uniforme : chemises à carreaux, jupes plissées, chaussettes hautes ou encore bérets en feutrine assortis ; c’est un véritable défilé de mode. C’est un héritage du système éducatif anglais puisque la Sierra Léone a été une colonie britannique jusqu’à son indépendance en 1961.

Ecoliers dans le quartier de Hill Station, Freetown

La route principale qui mène d’Aberdeen au centre ville est en travaux. C’est bon signe, mais en attendant, cela n’arrange rien au trafic déjà légendaire de Freetown. A part les gros 4×4 des organisations internationales, la plupart des voitures locales sont des taxis rouges et jaunes, véhicules sans âge, importés d’Europe sans doute après avoir été mis au rebut. Certains portent encore les autocollants ovales blancs avec les lettres indiquant leur pays d’origine (F pour France, D pour Deutschland, NL pour Nederland, etc.). Ici, les taxis réalisent en générale un trajet bien défini et prennent sur leur passage le maximum de passagers. La course coûte 1 000 Leones par personne (environ 0,25 €), mais il faut souvent prendre plusieurs taxis pour arriver à destination puisque ce n’est pas un service sur mesure. Une autre solution de transport en commun sont les poda-podas, ces espèces de mini-bus, à 8 places, qui prennent en générale un vingtaine de passagers, y compris leur barda et leur volaille, le cas échéant. Les podas-podas sont une source intarissable de divertissement car ils portent des inscriptions faisant généralement référence à la Bible ou au Coran, en fonction de la foi de leur propriétaire. Les « Allah est grand » et « Jésus est mon sauveur » sont donc courants, mais il y en a de plus subtils, comme : « Restez dans le droit chemin » ou « Les voies du Seigneur sont impénétrables ».

Taxi-moto (version avec casque)

Enfin, le moyen le plus rapide de se déplacer sont les taxis-motos. Là aussi, le choix se joue entre arriver à temps et arriver vivant, puisque la règle du jeu consiste à aller le plus vite possible en se faufilant au dernier moment entre les voitures ou en conduisant sur la voie opposée du trafic. Mais bon, certains offrent le port du casque en option.