Mardi 8 février
Ce soir nous sommes arrivées à Bo après 4 heures de route de Freetown. La route est en très bon état, ce qui fait que le voyage n’était pas désagréable. Le meilleur, c’est qu’on ne s’ennuie jamais sur les routes d’Afrique: il y a tellement de choses à voir.
Nous avons fait une petite pause à Moyamba Junction pour nous dégourdir les jambes. Nous avons vite été l’attraction du moment et une dizaine de gosses sont venus nous vendre des bananes, mais surtout demander à être pris en photo. C’est la magie des appareils numériques: les gamins adorent se voir en photo et on peut leur montrer le cliché sur l’écran; ils s’esclaffent.
Ce qui est surprenant, c’est que les enfants, dès 6 ans, sont chargés d’apporter de l’argent au foyer. Ils vendent des bananes, des sodas, des cacahuètes, de la farine, enfin n’importe quoi pour gagner quelques Leones. Parfois, ils savent que s’ils ne vendent rien, ils n’auront pas forcément un repas le lendemain.
Plus nous avançons dans la campagne (« up-country » comme ils disent), plus la pauvreté devient apparente. De simples cases en torchis ou en tôle ondulée, un petit feu de bois pour la cuisine « en plein air », des kilomètres à parcourir à pied pour aller chercher de l’eau ou du bois – là aussi, c’est généralement la corvée des enfants. On les voit sur le bord de la route avec ces énormes chargements sur leur tête. Le passage des voitures soulève d’énormes nuages de poussière. Pourtant, quand ils nous voient approcher, ils trouvent généralement le moyen de nous faire coucou, balançant délicatement leur bassine avec une seule main. A la tombée de la nuit, nous ne voyons plus que les lueurs de petites lampes à pétrole dans les cases. Les piétons se poussent à l’approche de nos phares. Les enfants sont dehors jusqu’à pas d’heure.


